L’exposition de Guillaume Millet nous entraîne dans le monde tentaculaire de la ville post-moderne, royaume de la vitesse et du trafic, des réseaux serrés de voies rapides et des perceptions fugaces. Ses tableaux montrent des fragments de motifs urbains qui, réduits à des formes géométriques blanches (parfois grises) hard-edge, se détachent avec une grande intensité visuelle sur un fond noir. Leur dépouillement minimal résulte d’un long processus de mise à distance dont témoigne l’emploi d’une gamme de couleurs limitée, celui de motifs ready-made soumis à une série de traitements consistant à les déréaliser (aplanissement, simplification des contours, suppression des détails). Intervenant plus directement dans l’agencement des formes au sein du champ pictural, Guillaume Millet privilégie les effets de dynamisme : ses motifs se croisent à l’oblique, traversent horizontalement la toile, ou bien encore sont mis en perspective de manière à prolonger virtuellement l’oeuvre, au-delà de ses frontières (même lorsqu’ils sont interrompus brutalement dans leur développement). Ainsi, le regard, tout en étant capté par le contraste hypnotique du noir et blanc, est régulièrement éconduit vers l’extérieur du tableau. Ce phénomène paradoxal est favorisé par une exécution parfaitement neutre et l’obtention d’une matière lisse qui contribuent à transformer la surface picturale en une sorte d’écran uniforme sur lequel l’œil ne peut achopper. Lorsque les tableaux sont présentés ensemble, l’impression d’enchaînement rapide des images est accentuée, chacun d’entre-eux semblant correspondre aux différentes étapes d’un plan-séquence cinématographique. En cela, les peintures de Guillaume Millet introduisent une sorte d’objectivité déstabilisante qui traduit bien le caractère fragmentaire, accéléré, et de fait, abstrait, des visions que l’on a dans la métropole moderne, dont l’univers se limite à l’immédiat et au parcellaire.
Domitille d’Orgeval
communiqué de presse de l’exposition seconde métropole
du 10 octobre au 14 novembre 2009
Galerie Bernard Jordan, Paris.
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